11 - Législatives du 17 juin 1951
11 - Législatives du 17 juin 1951
Malgré leurs dissensions internes (1), l'intérêt des divers partis constituant la troisième force est de limiter autant que possible les gains probables en sièges du PCF et des "gaullistes" (2).
Une nouvelle loi électorale, dite des "apparentements", remplacera celle qui fut à la simple proportionnelle lors des élections précédentes. Il suffit que deux ou plusieurs listes "s'apparentent" et obtiennent la majorité absolue des voix pour gagner tous les sièges d'un département. La répartition "interne" entre les listes apparentées se fait alors selon la règle de la plus forte moyenne.
Dans le département 8 listes sont en présence :
1 - La liste du PCF est conduite par le député sortant André TOURNÉ, conseiller général, très apprécié, et qui sait en imposer à son auditoire; avec Léopold FIGUÈRES et Fernand CORTALE (ex-colonel FTP).
2 - L'UDSR avec un quasi-inconnu Maître Pierre DENIS, et un conseiller municipal de Perpignan le Dr DURRIEU DE MADRON. Tous deux se proclamant "socialistes humanistes et contre les professionnels de la politique".
Ces deux listes ne sont apparentées à aucune, contrairement aux autres qui forment deux groupes distincts : Le premier qui comprend les listes 3, 4, 5, 6, et le second 7,8.
3 - La liste socialiste SFIO ("orthodoxe") avec Léon-Jean GRÉGORY, déjà bien connu, et deux nouveaux : Henri GUITARD et Fernand OLIVE.
4 - Le Rassemblement des groupes républicains indépendants français (RGRIF), dont le leader est le dissident de la SFIO Arthur CONTE. Celui-ci a constitué une autre "fédération socialiste" avec Paul CERVELLO (de Port-Vendres) et André JAMMES
5 - Le parti Radical et le RGR représenté par François DELCOS, député sortant, le Dr René ARGELLIÈS et Sylvain MAILLOLS.
6 - Le MRP est représenté par Antoine GARRIGUE, Joseph BOMBES et Maître Marc DULAC.
7 - Le RPF avec Paul JUNQUET, adjoint au maire ex-SFIO de Perpignan, Mme Germaine DAURIACH et Pierre BONIFACE. Ils espèrent bénéficier de leur succès lors des municipales d'octobre 47.
8 -Le Groupement national de défense des libertés professionnelles et des contribuables: liste des Modérés dont le leader est François CASSAGNES, maire de Pia.
Résultats :
Banyuls Département Métropole
Inscrits : 2118 (-10 / nov1946) 138.256 24.530.523
Abst. : 540 (25,37%) (21,61% ) (20,38%)
Votants : 1588 (74,63%) (78,39% ) (79,62%)
Blancs : 19 ( 1,20% ) ( 1,90% )
S.Expr. : 1569 (73,73%) ( 76,90% )
PCF : 494 (31,49% S.E) (35,29%S.E) (25,90%S.E)
SFIO : 76 ( 4,84% - -) ( 9,86%- -) (14,90%- -)
Soc-diss. : 495 (31,55%- -) (15,06%- -)
Radic : 242 (15,42%- -) (14,49%- -) (11,20%- -)
UDSR : 7 ( 0,44%- -) ( 0,70%- -)
MRP : 54 ( 3,44%- -) ( 5,72%- -) (12,80%- -)
RPF : 133 ( 8,47%- -) ( 9,76%- -) (20,40%- -)
Modérés : 65 ( 4,14%- -) ( 7,34%- -) (12,30%- -)
Divers ............................................................................................. ( 2,4% - - )
Remarques :
Les trois députés du département seront Arthur CONTE (un dissident socialiste remplace un socialiste "discipliné"), F. DELCOS et A. TOURNÉ.
On constate une baisse des inscrits qui est générale, aussi bien à Banyuls que pour le département et la métropole (la France est un pays vieillissant et qui, du fait du développement économique, connaît le plein emploi. Celui-ci est assuré par un exode rural vers les grands centres urbains et industriels, et par une immigration notamment d'Afrique du nord.
Les abstentions sont inférieures à celles de la dernière consultation de 1946, mais plus fortes que lors des municipales (+ 6,35%).
Les votes blancs ou nuls, identiques à ceux des législatives de 1946 (- 2) et plus forts que pour les municipales (+ 5), n'apparaissent pas significatifs (ou uniquement pour 10 votants).
À Banyuls, le PCF perd des voix par rapport à 1946, et obtient exactement le score moyen de sa liste aux municipales (494 voix) alors qu'au plan national il demeure en nombre de voix le premier parti avec plus de 5 millions de voix. Mais il ne disposera que de 97 sièges "grâce à la loi électorale scélérate"! (contre 167 précédemment).
Le problème du Parti Socialiste est à la fois plus complexe mais plus intéressant. S'il demeure un noyau dur SFIO, l'anticommunisme a sans doute favorisé le dissident, dont le score de 571 voix est supérieur à celui de 1946 (+163), et, comme les radicaux ont régressé de 66 voix, tout laisse supposer qu'il s'agit d'électeurs plus radicaux-socialistes . . . que radicaux ou socialistes.
Ce vote confirme bien le triomphe de la liste municipale, et fournit une mesure du PS de 500 voix. Sur le plan national, ces subtilités n'ont pas cours, et la SFIO perd des voix (- 687 000) par rapport à novembre 1946. Elle passe de 17,9% à 14,9%, mais conserve . . .106 députés (contre 99). Où sont allés les électeurs ? sans doute en faible partie vers le PCF, et plus fortement vers le RPF.
Les radicaux banyulencs reculent (-66 voix), retrouvant en fait leur score initial des élections de 1945 (21/10) et 1946 (2/6), soit: 225 + 255 / 2 = 240 ! Nombre qui "mesure" les vrais électeurs du parti Radical à Banyuls (ce qui correspondrait à 40 - 50 familles).
Sur le plan national, le recul est important (-944 250 voix), passant de 12,4% en 1946 à 11,2%, mais les radicaux obtiennent 88 sièges, soit 10 de moins que le PCF avec . . . moitié moins d'électeurs.
Le MRP qui n'a jamais été dynamique à Banyuls (170 voix en moyenne) s'effondre (-116 voix), sans doute au bénéfice du RPF. Ce phénomène n'est pas particulier à Banyuls, mais se retrouve aussi dans toute la France où le nouveau mouvement gaulliste obtient d'un seul coup 4 125 492 voix (20,40% des S. E.), devenant ainsi le second parti de France juste derrière le PCF, et dispose de 121 élus.
Le RPF et les gaullistes font leur première apparition à Banyuls, mais modestement, la droite classique également.
Les Modérés ne progressent guère sur le plan national, ni en voix (2.656.995) ni en sièges (110), et représentent 12,3% S.E, ils sont presque inexistants à Banyuls.
En conclusion, cette élection permet de mesurer les différentes forces politiques à Banyuls et d'en définir les caractéristiques :
Le Parti Socialiste SFIO est avec 500 voix en tête à Banyuls, mais son électorat est moins marqué idéologiquement que le parti lui-même, et plus proche de la pratique de ses chefs de file départementaux (les "contistes").
Le Parti Radical a ses fidèles: 240 voix, mais qui ne paraissent pas se distinguer nettement des précédents.
Soit un total de la gauche laïque, non communiste, de 750 voix.
Le MRP, correspondant aux votes de certaines familles catholiques, est réduit à une chapelle, comme d'ailleurs le RPF et les Modérés. Si l'on peut, dans une certaine mesure à cette époque, assimiler ces forces à des "conservateurs", on obtient un total de 252 voix.
Pour l'heure, le Régime de la IVe République est sauvé, mais la majorité légale (en députés) ne correspond pas à la majorité des électeurs. Si la loi électorale précédente avait été appliquée, on aurait eu respectivement 181 députés pour le PCF et 144 pour le RPF. Dans ces conditions l'Assemblée nationale devenait alors ingouvernable (la majorité étant de 313 voix).
La situation politique est quasi intenable (3, 4): Le Pacte Atlantique et le stalinisme créent un abîme entre socialistes et communistes (5), les problèmes de l'école et de la laïcité séparent les socialistes du MRP, le mode de gestion économique isole les Indépendants et Modérés des précédents, quant à la question du réarmement allemand, puis de la CED, elles diviseront tout le monde y compris et surtout à l'intérieur des partis. Pour le RPF seule la mort du "Régime" importe.
C'est dans ce contexte que la "troisième force" va pouvoir tester de nouvelles combinaisons ministérielles (6).
Pendant ce temps-là, chaque parti "oubliait" ou "rêvait" de voir se résoudre les problèmes coloniaux. D'ailleurs l'ordre républicain n'était-il pas partout rétabli, de Hanoï à Fez . . . en passant par Tananarive, mais à quel prix sur le plan psychologique pour les populations locales. En métropole ces événements "lointains" ne constituent pas la préoccupation majeure plus soucieux des problèmes internes d'intendance.
Notes annexes :
(1) Concernant l'école laïque et confessionnelle (Cf. "L'HISTOIRE" N°289 spécial, 7-8/2004, p.100).
(2) Cf. Pierre MIQUEL: La Quatrième République, hommes et pouvoirs. Edit. Bordas (1982).
(3) Cf. Pierre-Olivier LAPIE: de Léon Blum à De Gaulle. Edit. Fayard (1971); cf. Jean-Jacques BECKER: Histoire politique de la France depuis 1945. Edit. A. Colin (1988); cf. Georgette ELGEY: La république des illusions. Edit. Fayard (1965). La loi est votée par 332 voix contre 248 (PCF, RPF, Modérés et RGR en partie)
(4) Cf. P.-O. LAPIE (op. cit.1971); cf. J-J BECKER (loc. cit. 1988)
(5) La rupture avec le Parti socialiste SFIO et le MRP, l'isolement du PCF soutenant la politique de l'URSS est totale lors du XII ème Congrès en 1950 (Cf. M. THOREZ: La lutte pour l'indépendance nationale et pour la paix. p.67-69).
(6) Cf. Georgette ELGEY (op. cit. 1965). Elle dispose de 388 sièges sur 625 (majorité absolue = 313). Mais le PCF étant exclu (103 députés), et le RPF (118) s'excluant par principe de toute combinaison majoritaire, les combinaisons arithmétiques possibles doivent tenir compte des 104 socialistes, 94 radicaux et apparentés, 85 MRP, 25 indépendants d'Outre-mer et 98 Modérés. Il apparaît évident qu'aucune majorité stable ne peut se constituer.
